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Angiulina.

Published on lundi 9 janvier 2017

Angiulina.

AT 709. Version Corse.

Alors, une fois il était une dame, et sa fille; son mari était mort, et sa fille était belle, une belle jeune fille! Mais la maman ne voulait plus la voir! Elle est allée trouver des bandits, et leur a dit :

- Il y a une personne à emporter: emporter ma fille pour la tuer dans une forêt! ... Emportez donc Angiulina et puis tuer-la dans la forêt!

-Ah pourquoi voulez-vous tuer Angiulina, qui est si gentille?

-Oh! dit-elle, je ne veux plus la voir! non! non! non! emportez-la pour la tuer!

Alors, les bandits l'ont emportée avec eux... Mais, au lieu de la tuer, ils l'ont emmenée dans leur maison; et puis c'était une belle maison... Il y avait de tout! une belle maison dans le maquis.

Le jour les bandits allaient travailler, et ils rentraient le soir. Le chef des bandits a dit à la jeune fille:

-Ecoute, Angiulina, n'ouvre à personne, n'ouvre pas la porte!

Mais elle était trop gentille! Il y avait une vilaine sorcière du village d'Angiulina; elle va trouver la maman d'Angiulina, et lui dit :

- Ta fille n'est pas morte! Le sais-tu?

Alors, qu'à répondu la maman? Elle a dit:

- Tue-la! Tue-la donc toi!

Alors la sorcière s'est déguisée en petite vieille, elle a été dans un magasin, s'acheter des dentelles et des rubans, et puis, elle va frapper à la porte d'Angiulina.

La jeune fille se montre à la fenêtre; elle ne voulait pas  ouvrir.

- Non! je ne puis pas ouvrir! dit-elle.

0h! Descendez, mademoiselle! Comme j'ai froid! Laissez moi entrer pour me réchauffer, et puis je m'en vais tout de suite!

Alors Angiulina est descendue et a ouvert la porte. Elle est entrée et à monter l'escalier, la sorcière! et la jeune fille a offert un bol de café; et puis, la vieille a dit:

- Ah! vous avez été si gentille! Que voulez-vous comme récompense?

- Oh! je ne veux rien!

- Un livre?

Angiulina répond :

- Non! non! non! J'ai tous les livres que je veux! Il ne me manque rien!

La vieille repris :

- Tu n'as pas le livre que voici!

Et la sorcière pose le livre sur la cheminée. Angiulina n'y a pas touché. Le soir, les bandits sont revenus; le chef des bandits a dit :

- Ah! tu as donc ouvert la porte! Et si tu avais touché ce livre ?... Prends-le, ce livre, mais avec la broche, et mets-le au feu, pour le faire brûler!

Et le livre criait, quand on l'a mis dans le feu : c'était le fait d'une sorcière. Le chef des bandits a dit à Angiulina :

- N'ouvre plus à personne! Il ne faut ouvrir la porte à personne!

Et, le jour, les bandits allaient travailler. La sorcière a vu qu'Angiulina n'était pas morte; elle se travestit  de nouveau, s'achète des broches, des pendants d'oreille, des bracelets des chaînes; elle se déguise, parce qu'Angiulina était du même village et la connaissait bien. Et puis, la sorcière va frapper à la porte de la maison.

La jeune fille se montre à la fenêtre, et lui parle:

-Non! Je n'ouvre à personne, dit-elle, je n'ouvre pas la porte!

- Descendez, Mademoiselle, descendez  m'ouvrir, car je suis morte de froid!

Angiulina descend, elle ouvre la porte, et fait monter cette dame; et puis elle lui offre encore un bol de café (elle ne croyait pas qu'il s'agissait de la sorcière!)

La sorcière dit ensuite :

- Que vais-je vous donner pour vous récompenser?

Angiulina dit:

- Je ne veux rien! J'ai tout ce qu'il me faut, je n'ai besoin de rien!

Alors qu'a fait la sorcière? Elle lui a dit:

-Mettez vous donc sur ce fauteuil, que je frise vos cheveux!

Et là, Angiulina s'est mise sur le fauteuil, et s'est fait friser les chevaux. La sorcière prend, l'une après l'autre, les mèches de cheveux, et tourne tourne chaque mèche de la chevelure... Par la suite, Angiulina est restée frappée d'enchantement; elle ne parlait plus, mais elle avait les yeux ouvert! Elle était Incantada, "Enchantée". La sorcière s'échappe et s'en va.

Le soir, quand sont rentrés les bandits, qu'est-ce qu'ils voient? Angiulina était inerte, elle ne parlait plus, mais elle avait les yeux ouverts! Ils se mettent tous à pleurer...

Le lendemain matin, ils vont à l'entrée de la forêt, et lui font un autel; ils apportent Angiulina sur son fauteuil, et la mettent sur l'autel, dans la forêt; et sur l'autel, ils mettent des fleurs, des bougies; et tous les matins, ils allaient illuminer l'autel.

Un beau jour, un fils de roi, un jeune homme, passe par là; il avait avec lui son serviteur et un cabriolet. Apercevant les lumières, au loin, il s'arrète, et dit à son serviteur:

- Quand je sifflerai un coup de sifflet, dès que tu l'entendras, au loin, tu viendras auprès de moi, dès le premier coup!

Et puis le fils du roi se rend auprès de l'autel; il voit Angiulina, et essais de lui parler!

- Mademoiselle, Mademoiselle!

Mais la jeune fille ne répondit pas; elle avait les yeux ouverts... elle paraissait vivante, mais ne parlait pas!

Alors, le fils de roi a sifflé son serviteur, qui est venu aussitôt le rejoindre. Il a dit :

- Tient! Prend cette jeune fille, et mettons-la dans le cabriolet; elle ne bouge pas; porte-la dans ma chambre; je te donne la clé; ferme la porte, que personne ne la voie! Je te rejoindrai vite, moi aussi!

Le serviteur part avec le cabriolet, et la jeune fille, la transporte dans la chambre, et ferme la porte, pour que personne ne la voie. Ensuite, le fils du roi est arrivé. Et depuis ce moment-là, il ne mangeait presque plus, il n'allait plus à l'auberge ni ailleurs : et il ne voulait même pas que sa soeur entre pour faire sa chambre.

Un beau jour, sa soeur arrive chez lui; il fermait toujours la porte, mais elle a vu la jeune fille; elle dit à son frère :

- Ah! c'est pour cela que tu ne veux pas que je vienne faire  ta chambre! Mais je l'ai vue! ...

Alors, le fils de roi a fait entrer sa soeur; la soeur a interrogé la jeune fille, mais elle ne parlait pas; et puis, elle lui a touché les cheveux.

- Oh! dit-elle à son frère, regarde donc ce qu'elle a dans ces cheveux! comme ils sont tordus, ces cheveux!

Alors, on a fait venir aussitôt le forgeron, on l'a appelé, et il est venu avec ses pinces, pour "détordre" les cheveux de la jeune fille... Ils étaient tordus, tordus, tordus... Ensuite Angiulina s'est mise à parler; elle était vivante, comme auparavant.

Le fils de roi a épousé Angiulina; et ils ont fait une grande fête où ils ont invité toute la ville.

Conté en Avril 1959 par Mme Veuve Camilli, 64 ans, demeurant à Albertacce (Niolo). Conte enregistré en dialecte Corse; ceci en est la traduction intégrale. Mme Camilli le tenait de son père, François Cesari,  berger de Pietra.
Sources : Conte populaire Français, Paul Delarue et Marie-Louise Tenèze- Ed Maisonneuve et Larose.

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